Pourquoi j’envoie certains clients à Megève plutôt qu’à Courchevel, les tables que je réserve vraiment, et comment y arriver sans perdre sa soirée.
On me demande souvent si Megève « vaut » Courchevel. La question est mal posée, et je le dis toujours gentiment : ce ne sont pas deux versions de la même chose. Courchevel est une vitrine : assumée, brillante, spectaculaire. Megève est un village, avec ses pavés, son église, ses calèches qui passent sous vos fenêtres et des familles qui y reviennent depuis trois générations. C’est la station que je conseille à ceux qui veulent le luxe sans la démonstration.
Un village, pas une station
Megève n’a pas été dessinée par un promoteur : elle existait bien avant le ski. Dans les années 1920, la famille Rothschild en a fait la réponse française à Saint-Moritz, et cette ambition est restée dans les murs sans jamais effacer le village qui était là avant. Concrètement, cela change tout à votre semaine : on marche, on dîne à cinq minutes à pied, on croise deux fois la même personne sur la place et on finit par la saluer. Je ne connais aucune autre station des Alpes où mes clients me demandent, au bout de trois jours, s’ils peuvent prolonger.
Le ski, honnêtement
Autant vous le dire tout de suite, parce que c’est là que je vois le plus de malentendus : on ne vient pas à Megève pour le ski extrême. Le domaine est vaste, doux, boisé, réparti sur plusieurs massifs, avec une vue sur le Mont-Blanc qui, certains matins, vous fait vraiment arrêter de skier pour regarder. Mais l’altitude est basse. En début de saison je surveille l’enneigement de près et je préviens mes clients plutôt que de leur vendre du rêve.
Ma règle est simple. Si votre famille vit pour les couloirs et le dénivelé, je vous envoie ailleurs, et je vous dirai où. Si vous voulez skier le matin, déjeuner longuement et remonter deux pistes avant le spa, Megève est imbattable.
Où je réserve, vraiment
Voici mon carnet, celui que j’ouvre quand un client m’écrit « on dîne où ce soir ? ». Je l’ai classé par envie, pas par étoiles.
- Le grand soir: Flocon de Sel. La table d’Emmanuel Renaut, trois étoiles, une cuisine de montagne qui ne ressemble à personne. C’est le repas dont on reparle en rentrant. Prévoyez-le en premier, pas en dernier : c’est ce qui se réserve le plus loin à l’avance.
- Les tables du village, celles où j’envoie le plus : Le Piaf, Le Café Megève, Vous, La Ferme Saint-Amour, Chalet Sauvage. Mes valeurs sûres : on y dîne bien, l’ambiance monte doucement, et on rentre à pied.
- Le Japon : Kinugawa Megève et Kaito. Une semaine à la montagne sans une soirée japonaise, mes clients ne tiennent pas. Ce sont mes deux adresses.
- Le déjeuner qui dure : Idéal 1850 pour la vue et la lumière, La Sauvageonne quand on veut que le repas s’étire, La Folie Douce si l’on assume franchement que l’après-midi de ski est terminé.
Un mot d’expérience : à Megève, les bonnes tables ne sont pas immenses. Ce n’est pas le nombre de couverts qui manque, c’est le bon créneau, 20h30 un samedi de février n’existe pas si vous vous y prenez la veille. Je réserve les dîners de mes clients en même temps que leur chalet, jamais après.
Comment on arrive à Megève
Tout part de Genève, et c’est la partie que les gens sous-estiment le plus. En voiture, comptez 1h30 de route. En taxi ou avec un chauffeur privé, le transfert se situe entre 500 et 750 € selon le véhicule : une berline et un van avec chauffeur ne coûtent pas la même chose, et le tarif ne bouge pas selon votre humeur du jour.
En hélicoptère, le temps de vol est de 20 minutes. Le tarif, lui, dépend de la machine : un monomoteur et un bimoteur ne jouent pas dans la même catégorie, ni en prix ni en confort. Je vous donne les deux options au moment de la demande, avec les contraintes météo du jour.
Laissez-moi vous raconter. Un client m’a soutenu, un jour, qu’il n’avait besoin de personne pour faire Genève–Megève : « une heure et demie, je conduis, ce n’est pas la mer à boire. » C’était le premier samedi des vacances de février. Il a quitté l’aéroport à 14h, il est arrivé au chalet à 18h20, et il a perdu la table que je lui gardais depuis six semaines. L’année suivante, il m’a écrit une seule ligne, en novembre : « Réserve l’hélicoptère. » Vingt minutes de vol. Il était installé au chalet avant l’heure à laquelle il serait encore sorti du parking.
Quand venir
Trois fenêtres, trois séjours différents. Janvier : la station est calme, les pistes sont à vous et les tarifs sont les plus doux de l’hiver, c’est ma période préférée, et j’évite en général de trop le dire. Février : tout est plein, tout est vivant, et rien ne s’obtient sans anticipation. Mars : la lumière, les terrasses, la neige encore là en altitude et des déjeuners qui n’en finissent pas. Et si vous n’avez jamais vu Megève l’été, c’est un autre village : vert, silencieux, avec le Mont-Blanc en toile de fond.













